Les sociétés closes voient en l'autre un ennemi

" La société close est celle dont les membres se tiennent entre eux, indifférents au reste des hommes, toujours prêts à attaquer ou à se défendre, astreints enfin à une attitude de combat.

Telle est la société humaine quand elle sort des mains de la nature. Nos sociétés civilisées, si différentes qu'elles soient de la société à laquelle nous étions immédiatement destinés par la nature, présentent d'ailleurs avec elle une ressemblance fondamentale.

Ce sont en effet, elles aussi, des sociétés closes. Elles ont beau être très vastes en comparaison des petits groupes auxquels nous étions portés par instinct, et que le même instinct tendrait probablement à reconstituer aujourd'hui si toutes les acquisitions matérielles et spirituelles de la civilisation disparaissaient du milieu social où nous les trouvons déposées: elles n'en ont pas moins pour essence de comprendre à chaque moment un certain nombre d'individus, d'exclure les autres.

De même la paix a toujours été jusqu'à présent une préparation à la défense ou même à l'attaque, en tout cas à la guerre. Nos devoirs sociaux visent la cohésion sociale, bon gré, mal gré, ils nous imposent une attitude qui est celle de la discipline devant l'ennemi.

La nature a interposé entre les étrangers et nous un voile habilement tissé d'ignorances, de préventions et de préjugés...

La nature ne s'y fut pas prise autrement pour faire de tout étranger un ennemi virtuel, car, si une parfaite connaissance réciproque n'est pas nécessairement sympathie, elle exclut du moins la haine.

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