Désirer ou renoncer ?

Peu de mots ont connu une promotion aussi fulgurante que "désir". Après des siècles de répression, où l'abstinence était considérée comme sainte et le désir comme diabolique - alors que "renoncer", "se sacrifier", "jeûner", "se retenir" étaient les verbes des gens supposés "sages - les thérapeutes de la psyché nous ont heureusement aidés à nous guérir des excès du puritanisme maladif.Vive la vie ! Vive le désir ! Vive l'accomplissement de notre sublime incarnation !

Aujourd'hui, même les lamas bouddhistes renoncent à faire du désir une course perdue d'avance, comme le voudraient certaines simplifications de la pensée du Bouddha. Et comme l'exprime avec enthousiasme le philosophe spinoziste Robert Misrahi : " C'est en tant que sujet de désir, que l'être humain est mouvement vers la joie ".

Renoncer au désir ? Certainement pas, renchérit la chrétienne Sylvie Germain, c'est la seule et unique source de félicité, " une respiration du monde ! "
Encore faut-il savoir soi même "respirer" en résonance avec le monde...

Mais, bon, voilà, je te pose une question d'" avocat du diable " : et si le balancier anti-puritain était parfois parti si loin dans l'autre sens que nous perdons la mesure ?
N'abusons-nous pas du mot désir à tout bout de champ, et ne faudrait-il pas, plus souvent, renoncer à satisfaire nos pulsions immédiates à tout prix ?
Savons-nous encore "sublimer" nos élans ?
Pour quelles raisons faudrait-il savoir sublimer ?


Peut-être tout simplement parce qu'il arrive que, pour pouvoir vivre un grand plaisir, ou une grande joie, il faille renoncer à de petits plaisirs et à de petites joies !
Un exemple ? Rien de plus simple. J'ai un ami dont la première passion est la course automobile ; ce gars-là adore foncer à plus de 300 à l'heure sur une piste ; c'est son pied ultime. Il aime aussi énormément faire l'amour - mais alors, pendant des heures ! Eh bien, pour pouvoir vivre ses deux passions, il a été obligé de renoncer ra-di-ca-le-ment à un plaisir pour lui mineur : boire. Il ne boit jamais la moindre goutte de vin, ni d'alcool. Au début, ce fut dur, mais il n'a pas hésité - et aujourd'hui, vingt ans plus tard, je te jure qu'il ne le regrette pas, ce satané gangster !

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