En toutes choses, mettre de la grâce

Le mot fait un peu ringard, il évoque pour nous une danseuse classique ou… une amnistie !

Et pourtant ! Au Brésil, par exemple, cette notion est tout à fait populaire, on dira couramment d'un empoté, d'un maladroit ou d'un importun qu'il agit "sans grâce".

Usage naturel, né de la prédisposition de ce peuple danseur ?

Le philosophe Bergson - pas exactement du genre à danser la samba - voyait lui aussi dans la grâce un principe fondateur.

" La beauté appartient à la forme, et toute forme a son origine dans un mouvement qui la trace : la forme n'est que du mouvement enregistré. Or, si nous nous demandons quels sont les mouvements qui décrivent des formes belles, nous trouvons que ce sont les mouvements gracieux : la beauté, disait Léonad de Vinci, est de la grâce fixée…

Dans tout ce qui est gracieux, nous voyons, nous sentons, nous devinons une espèce d'abandon et comme une condescendance.

Ainsi, pour celui qui contemple l'univers avec des yeux d'artiste, c'est la grâce qui se lit à travers la beauté et c'est la bonté qui transparaît sous la grâce. Toute chose manifeste, dans le mouvement que sa forme enregistre, la générosité infinie d'un principe qui se donne.

Et ce n'est pas à tort qu'on appelle du même nom le charme qu'on voit au mouvement et l'acte de libéralité qui est caractéristique de la bonté divine."

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