Quand les savants refusent de philosopher

Dans les années vingt, tout retournés par les récentes théories d'Einstein et, plus encore, par le bouleversement qu'apportait la mécanique quantique, les physiciens les plus célèbres s'opposaient violemment sur les implications philosophiques de ces découvertes. Certains déjà, parmi eux, avaient établi un lien avec la pensée orientale qui ignore - mais comment fait-elle ? - que le monde et la conscience sont deux choses bien séparées.

Connu sous le nom de la ville où résidaient d'importants fondateurs de la physique quantique, ce compromis de Copenhague consiste à refuser de prendre parti dans le débat.

Dans leur livre Le cantique des quantiques, Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod nous explique comment : "Comme nous l'avons déjà indiqué, on n'est pas condamné au choix entre matérialisme et idéalisme, et en fait l'interprétation la plus répandue de la physique quantique ne choisit pas.

Cette interprétation est celle de Bohr et Heisenberg, appelée aussi interprétation de l'École de Copenhague. Les philosophes la désignent comme positiviste, ou empiriste, ou opérationaliste. Selon cette interprétation, la physique quantique porte non pas sur la réalité, mais sur la connaissance que nous en avons ; cette connaissance est décrite par la fonction d'onde, et il est normal que cette fonction d'onde soit perturbée (réduite) lors d'une mesure, puisque dans ce cas précisément nous modifions notre connaissance de la réalité.

La physique quantique permet simplement à des observateurs disposant d'appareils de mesure de représenter correctement les observations. Il est vain et sans signification de chercher à expliquer pourquoi elle marche, il suffit de constater qu'elle marche et d'appliquer son formalisme. Cette interprétation a eu le grand mérite de permettre à la physique d'avancer sans se poser de questions pendant plusieurs décennies. Mais les curieux ont refait surface, notamment à l'occasion des expériences sur le paradoxe EPT.L'interprétation de l'École de Copenhague ne les satisfait pas, ils espèrent parvenir à la réalité sous-jacente à ce formalisme, au cas où il y en aurait une. Nombre d'entre eux reprochent à cette interprétation de n'être qu'un idéalisme déguisé.

On peut aussi éviter le choix entre matérialisme et idéalisme en supposant l'existence d'une réalité mystérieuse dont matière et esprit ne seraient que deux manifestations. C'est dans cette direction que vont aussi bien David Bohm, partisan d'une théorie à " variables cachées non locales ", que d'autres physiciens que s'en tiennent strictement à la théorie quantique, tels Fritjof Capra aux États-Unis et Bernard d'Espagnat en France, ce dernier étant cependant très proche de l'idéalisme. On peut désigner par " syncrétisme quantique " cette tentative de synthèse : en effet ce mot désigne à la fois une doctrine qui essaie de combiner des religions apparemment incompatibles, et l'appréhension globale mais confuse d'un tout."

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