Même seul survivant, sur une île déserte, ta famille vit en toi à jamais.
Tes désirs sont-ils les tiens ?

Tes désirs sont-ils vraiment les tiens, ou sont-ils ceux que tes ascendants (parents ou grands-parents, tes arrière ou arrière-arrière grands parents !) ont semé en toi ?
Question fondamentale, t'en rends-tu compte ? Une immense partie de ta vie est littéralement téléguidée par un "roman familial" dont tu ignores souvent les trois quarts !
L'art généalogique connaît de nos jours un boum sans précédent. De l'avènement de la thérapie familiale au retour du culte des ancêtres, tout un faisceau de données nous pousse à prendre conscience du rôle crucial que notre ascendance joue dans notre vie.

Plusieurs approches nous sont proposées depuis les dernières années du XX° siècle, pour tenter d'éclairer de quelle façon ta propre démarche dépend de tes ascendants, comment tu peux en tirer de la force, ou au contraire de quelle façon tu peux tenter de t'en libérer.
Il existe toutes sortes d'approches trangénéalogiques, nom que l'on donne aujourd'hui à un certain nombre d'approches récentes des problèmes psychologiques, reposant sur le principe que, souvent, la source d'un traumatisme n'est pas à chercher dans le vécu d'un individu, mais dans celui de ses ancêtres, parfois lointains. Ce principe unique a cependant donné naissance à des approches variées, dont voici quelques exemples.

L'approche d'Anne Ancelin-Schützenberger
Notre destinée individuelle, affirme Anne Ancelin Schutenberger, peut être guidée par l'histoire des générations antérieures. Ce qui signifie qu'un événement vécu par un ancêtre cinquante ou cent ans auparavant peut orienter les choix de vie, déterminer les vocations, déclencher une maladie, et même provoquer la chute accidentelle dans l'escalier d'un arrière petit-fils. Que reste-t-il alors du libre-arbitre ? Tout. Parce que le choix nous est donné de nous libérer de la répétition pour naître à notre propre histoire. Je te propose le récit de l'entretien que nous avons eu avec cette psychanalyste hors norme.

L'approche de Chantal Rialland
La plupart d'entre nous est issue, au minimum, d'un instant d'amour entre un homme et une femme. Ces derniers savaient-ils, en s'aimant, quel sac de problèmes ils nous léguaient ? Quand bien même - ce qu'à l'Innommable ne plaise ! - toute ta famille aurait disparu, il n'est pas exagéré de dire qu'elle se perpétue en vous : sous forme de qualités, mais aussi, hélas, de pathologies. La psychogénéalogie est une discipline qui nous aide à prendre conscience des influences que notre famille exerce sur notre vie, depuis l'intérieur de nous-mêmes. Objectif : mieux comprendre nos racines, pour mieux nous en libérer. Il est stupéfiant de constater à quel point nous pouvons souffrir d'une névrose que n'a jamais voulu voir en face un arrière-grand-père ; ou comment un non-dit peut se promener dans notre ascendance depuis quatre générations de grands-mères, pour finalement se traduire, chez nous, par des troubles graves ! Chantal Rialland, qui est présidente de l'Association des psychothérapeutes en psychogénéalogie, t'emmène à travers toutes sortes de récits - notamment d'identification et de répétition - qui te convaincront à coup sûr de la pertinence d'aller creuser cet aspect-là de ta vie, pour vivre plus libre.
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L'approche d'Elisabeth Horowitz :
L'originalité du travail de cette jeune psychothérapeute jungienne, qui a travaillé sur des milliers de généalogies depuis vingt ans - est qu'elle nous prend par la main et nous guide de manière très pratique à travers le taillis touffus des branches ancestrales. Utilisant toutes sortes d'exemples, connus et anonymes, représentés par autant de schémas d'arborescence, elle nous montre de quelle façon les générations passées "résonnent" en nous, déterminant à notre insu nos comportements amoureux, notre rapport à l'argent, notre santé, nos goûts professionnels ou artistiques. Après avoir lu le livre d'Elisabeth, tu ne pourras t'empêcher d'enquêter sur ta famille pour dessiner, sur quatre générations au moins, l'arbre dont tu es l'aboutissement…
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L'approche de Nicolas Abraham
Dans les années soixante, le psychanalyste parisien Nicolas Abraham recevait sur son divan un homme qui se lamentait d'avoir raté son existence. Il passait ses week-ends en géologue amateur à casser des cailloux et à chasser les papillons qu'il étouffait dans un bol de cyanure. Abraham mit à jour avec lui un secret de famille : le père de cet homme fut dénoncé pendant la guerre en tant que juif par sa belle-mère, puis envoyé tailler la pierre en camp de concentration avant de terminer ses jours dans une chambre à gaz… Le fils vivait enterré vif dans l'inconscient de son père et se comportait comme s'il était possédé par un fantôme qui le poussait à vivre une vie qui n'était pas la sienne. Le fantôme d'Abraham (objet de l'inconscient qui se transmet de génération en génération) inspira par la suite des recherches cliniques. La voix était ouverte pour une véritable exploration des maladies d'un type nouveau : les maladies transgénérationnelles, qui remettent en question nos conceptions du libre-arbitre et des limites du corps et de la conscience.
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La psychogénéalogie
Héritière de l'Afrique ou des cafés de Vienne ? L'idée que nos destinées sont guidées par l'histoire des générations antérieures est ancienne. Les plus vieilles traditions animistes s'en font encore l'écho. La médecine africaine, notamment, se différencie de notre médecine occidentale en ce qu'elle envisage la maladie dans son contexte familial et généalogique. Pourquoi ai-je la bronchite ? C'est à cause d'un microbe et de la cigarette, répond notre médecin. Le guérisseur africain, lui, fournit une explication de la bronchite qui rétablit l'ordre du monde (tu es malade parce qu'un démon te veut du mal, va donc plumer cette poule). Il invite à renouer avec les croyances qui rappellent à chacun son assignation dans l'espèce : entre le naître et le mourir ta place est là ; il y a des places assignées et des places interdites; tu ne peux être et le frère et le fils de ta sœur; n'oublie pas d'honorer tes ancêtres... Le guérisseur sait une chose que le médecin oublie : la loi généalogique et le rapport aux ancêtres définissent les liens, les droits, les devoirs et les identités qui structurent l'être humain dans sa culture. Il sait enfin les mots et les rituels qui permettront de conjurer l'apparition, synonyme de désordre, d'un fantôme de l'inconscient (ancêtre disgracié ou qui a disgracié la famille). Chez nous, que fait le psychogénéalogiste ? Il focalise lui aussi sur cette portion de notre histoire qui ne nous appartient pas : Tu es malade parce que ton arrière grand-père a été asphyxié dans une tranchée et qu'on te l'a caché... Le psychogénéalogiste, en ce sens, emprunte moins aux connaissances de la psychopathologie occidentale qu'à l'efficacité sorcière des plus anciennes médecines.

Freud pressentait le phénomène… …mais il se consacrait seulement à l'origine sexuelle des névroses. L'inventeur de l'inconscient avait eu l'intuition d'une transmission généalogique de la névrose. Il avait même imaginé une histoire selon laquelle, à l'origine de l'humanité, il y avait eu une horde avec un père primitif, des frères se seraient réunis et auraient tué ce père primitif et nous garderions en nous le souvenir de ce parricide premier. Il suggérait par cette parabole que d'une génération à l'autre rien ne peut être caché : " La psychanalyse nous a montré que l'homme possède, dans son activité spirituelle inconsciente, un appareil qui lui permet d'interpréter les réactions d'autres hommes, c'est-à-dire de redresser, de corriger des déformations que ses semblables impriment à i'expression de leurs mouvements affectifs. C'est grâce à cette compréhension inconsciente des mœurs, cérémonies et préceptes qui ont survécu à l'attitude primitive à l'égard du père, que les générations ultérieures ont pu réussir à assimiler le legs affectif de celles qui les ont précédées " (Totem et Tabou, 1912).
Il terminait sur le sujet dans un autre paragraphe: " Il n'y a pas de processus psychique plus ou moins important qu'une génération soit capable de dérober à celle qui la suit ". Mais il ne poussa pas plus loin l'exploration du phénomène transgénérationnel. Son long et dur combat pour défendre l'origine sexuelle des névroses lui fit laisser de côté cette dimension fondamentale du mécanisme humain qu'est la fidélité inconsciente du sujet au vécu de ses ancêtres.

La psychogénéalogie est-elle en train de renaître ?
Aujourd'hui, en France, des thérapeutes de toutes origines intègrent à leur consultation la dimension des ancêtres. Partout sont dessinés des arbres généalogiques. Attentive à la répétition et au syndrome d'anniversaire, une gynécologue constate que sa patiente tombe enceinte à l'âge auquel sa mère a accouché. Vincent de Gauléjac, sociologue à Jussieu, suit sur l'arbre généalogique de son client le chemin tracé par les désirs, les refus et les manières d'envisager la vie de ses ancêtres. Il met ainsi à jour les loyautés inconscientes qui empêchent le fils de s'affirmer en dehors des seuls schémas acceptés par ses pères. Psychanalyste, Didier Dumas travaille en profondeur pour métamorphoser le fantôme en un ange qui vit et grandit dans les mots capables de combler les silences et les non-dits de la famille. Quant au tarologue Alexandro Jodorowski, il aide ses amis à se libérer de leur héritage en mimant devant eux leur généalogie. De plus en plus de thérapeutes ajoutent ainsi à leur cursus le grade de psychogénéalogiste. Ils aident ainsi leurs patients à se dégager du piège de la répétition en s'appuyant sur des représentations de l'arbre généalogique.
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